Kaïs Saïed : Le candidat indépendant plébiscité par les Tunisiens (Photos du second tour)

Un professeur de Droit connu pour sa rectitude et son verbe haut.

 

 

Photographie :

Vendredi 11 octobre 2019, à deux jours du second tour des élections présidentielles tunisiennes, à Tunis, les affiches de campagne des deux candidats, Kaïs Saïed (indépendant) et Nabil Karoui (candidat du Parti "Au Coeur de la Tunisie") peuplent les rues et les avenues
Yassine Gaidi / Agence Anadolu

Vendredi 11 octobre 2019 au soir, à deux jours du second tour des élections présidentielles tunisiennes, les deux candidats, Kaïs Saïed (indépendant) et Nabil Karoui (candidat du Parti "Au Coeur de la Tunisie") s'affrontent lors d'un débat public diffusé en direct par la télévision publique, et suivi par une audience record en Tunisie
Yassine Gaidi / Agence Anadolu

Dimanche 13 octobre au soir, sur l'Avenue Habib Bourguiba de Tunis, des milliers de Tunisiens ont célébré la victoire du candidat indépendant à l'élection présidentielle, Kaïs Saïed
Yassine Gaidi / Agence Anadolu

Dimanche 13 octobre tard le soir, le président de Tunisie nouvellement élu, Kaïs Saïed prononce un discours dans un hôtel de Tunis

Yassin Gaïdi / Agence Anadolu

 

 

 

 

 

 

Kaïs Saïed né le 22 février 1958 à Tunis, est le fils de Moncef et Zakia Saïed. Sa famille, membre de la classe moyenne, est d'origine assez modeste mais intellectuelle.

Marié à une juge et père de trois enfants, Kaïs Saïed est un homme réservé, que les Tunisiens ont découvert après la Révolution de 2011. Le verbe haut, les idées claires, l’homme a très vite fait de fidéliser un auditoire qui est tombé sous le charme de ce professeur de Droit pédagogue, souvent invité sur les plateaux de télévision pour donner son avis d’expert en Droit constitutionnel.

Kaïs Saïed a cette particularité, qui l’a d’emblée distingué des autres experts, qui ont foisonné sur les télévisions privées et publiques après la révolution, sa maîtrise parfaite de la langue arabe littéraire, qui a donné à ses interventions un aspect péremptoire.

Pur produit du système éducatif tunisien, Kaïs Saïed est titulaire d’un diplôme d’Etudes approfondies en Droit Public, de l’Université de droit et des Sciences politiques de Tunis qu’il obtient en 1985, il enchaîne en 1986 avec un diplôme de l’Académie internationale de Droit constitutionnel, qu’il enrichira plus tard, en 2001, par un diplôme de l’Institut international de droit humanitaire de San Remo (Italie).

Il est de 1990 à 1995 Secrétaire général de l'Association tunisienne de droit constitutionnel dont il deviendra le vice-président en 1995.

Directeur du département de droit public à l'université de Sousse entre 1994 et 1999, puis à la faculté de sciences juridiques et politiques de Tunis de 1999 à 2018, il est membre du groupe d'experts du Secrétariat général de la Ligue arabe entre 1989 et 1990, expert auprès de l'Institut arabe des droits de l'Homme de 1993 à 1995.

Il est par ailleurs membre du conseil scientifique de plusieurs commissions universitaires.

Indépendant dans tous les sens du terme, on ne lui connait aucune affiliation politique avant ou après la révolution, lui qui considère que « l’ère des partis est révolue et que le pouvoir doit revenir au peuple qui décide de son sort et définit ses options », ce qu'il a baptisé « la nouvelle transition révolutionnaire », d’où le slogan de sa campagne: « Le peuple désire ».

En 2016 un mouvement baptisé "Mouassissoun" (fondateurs en arabe) est créé pour soutenir l'action et les projets de Saïed, qui prône, dès 2011, le remplacement de l'Assemblée des représentants du peuple, élue au scrutin direct, par une assemblée composée de 165 membres élus au scrutin indirect, sur une base régionale par les élus locaux, ainsi que l'instauration pour ces derniers d'un mandat révocable.

Foncièrement engagé en faveur des jeunes, qui lui vouent une admiration sans bornes et dont il s’est fait le porte-parole, Saïed a sillonné le pays avec ses étudiants pour écouter les oubliés et les laissés pour compte des zones rurales et des quartiers populaires.

Il est arrivé à la conclusion qu’il fallait modifier le fonctionnement de l’administration, les pouvoirs locaux, libérer les initiatives, amener plus de justice et plus de liberté.

« Je ne vends pas d'illusion au peuple tunisien et mon programme, que j'ai clairement énoncé, est que le peuple est la source de l'autorité », ne cesse-t-il de marteler.

Saïed est opposé à l'égalité successorale entre hommes et femmes et justifie sa position par l'héritage bourguibiste.

Celui qui en 2013 déclare, au sujet de la réforme de la Constitution, que « ne pas mentionner la Chariaa permettra d'éviter les effets négatifs/rétrogrades de celle-ci » et qu'« il est préférable de se contenter de l'article premier de la Constitution de 1959 » qui stipule que « La Tunisie est un État libre, indépendant et souverain: sa religion est l'islam, sa langue l'arabe et son régime la république. », est malgré cela accusé par ses opposants d'être salafiste et de prôner l'application de la charia à cause de ses positions conservatrices.

Ses collègues et ses étudiants qui ont souvent pris sa défense sur ce point, rappellent qu’il a condamné la pensée salafiste et la violence extrémiste, durant ses cours, lors de l'affaire de la diffusion du film Persepolis par Nessma, la chaîne de télévision privée appartenant à Nabil Karoui, son adversaire du second tour des élections présidentielles.

Fidèle à ses principes, Kaïs Saïed a refusé de faire campagne, au nom du principe de l'égalité des chances avec Nabil Karoui, lorsque ce dernier a été emprisonné dans le cadre d’une affaire (toujours en cours) de blanchiment d'argent et de fraude fiscale, ce qui a permis à Saïd de se faire apprécier même de ses opposants.

Kaïs Saïed a été élu à la présidence tunisienne avec 76,9% des voix, selon un sondage de sortie des urnes qui a été annoncé par la chaîne publique tunisienne Wataniya.

 

Kaïs Saïed : Nous travaillerons pour des causes justes, notamment la Cause palestinienne

Le vainqueur de l'élection présidentielle tunisienne, Kaïs Saïed, a félicité ses partisans, dimanche soir, estimant "qu'ils ont donné une leçon au monde entier". Il a également souligné que "les relations du pays seront fondées sur la responsabilité et la confiance, et que nous travaillerons à l'étranger pour des causes justes, et à leur tête la juste cause du peuple palestinien".

C'est ce qui ressort du discours prononcé par Saïed après l'annonce de sa victoire selon des estimations préliminaires, lors d'une conférence de presse tenue dans un hôtel de Tunis.

Selon les résultats publiés par l'institut de sondage (local privé) Sigma Conseil, Kaïs Saïed a remporté le second tour de l'élection présidentielle en obtenant 76.9% des voix, tandis que son rival Nabil Karoui, a obtenu 23.1%.

"Vous avez donné une leçon au monde entier dans le cadre de la constitution", a déclaré Saïed.

Il a vu dans le résultat "une révolution qui n’a pas été vécue par les philosophes, les sociologues et les politologues", ajoutant: "Vous étonnez le monde avec votre organisation spontanée et votre générosité".

"Pour rassurer tout le monde, je porterai le fardeau de ma mission en toute sincérité et honnêteté", a-t-il poursuivi.

"Nous entrons dans une nouvelle ère de l'Histoire et nous relèverons tous les défis grâce à notre volonté", a-t-il martelé, en promettant que "l'Etat continuera à respecter ses lois et ses obligations internationales".

Saïed a par ailleurs annoncé que "l'Algérie sera la première étape de sa tournée internationale", ajoutant qu'il "souhaite visiter la Libye tout en saluant le peuple palestinien".

"La Révolution tunisienne est une révolution humaine", a ajouté Saïed en remerciant "nos frères dans tous les pays arabes, la Nation islamique et tous les hommes libres".

"Beaucoup de pays se sont inspirés de la Tunisie, des femmes et des hommes tunisiens libres, de cette capacité de s'organiser en dehors des cadres traditionnels", a-t-il estimé.

Kaïs Saïed a remercié ceux qui ont voté pour lui, et ceux qui n'ont pas voté pour lui en indiquant : "ils sont libres, quelles que soient les positions, je les respecte et je respecte l'Esprit libre".

 

Karoui reconnaissant sa défaite : J'étais privé de communiquer avec les électeurs

Le candidat à la présidence tunisienne, Nabil Karoui, a reconnu sa défaite au deuxième tour de l'élection, estimant qu'il a été privé de "communiquer avec les électeurs".

C'est ce qui ressort du discours prononcé par Karoui, dimanche soir, lors d'une conférence de presse tenue au siège de son parti "Au cœur de la Tunisie", après l'annonce de sa défaite devant son rival Kaïs Saïed, selon des estimations préliminaires.

Karoui a remercié tous les Tunisiens qui ont voté pour lui et pour Kaïs Saïed.

Il a par ailleurs affirmé qu'il a été emprisonné à tort soulignant que malgré son état de santé psychique et physique il a participé au débat bien qu'il n'y soit pas prêt.

Il a ainsi souligné qu'il aurait pu rencontrer ses partisans, les membres de sa campagne électorale et les personnalités et les organisations nationales et diriger sa campagne s'il n'était pas emprisonné.

A noter que Karoui a passé un mois et demi en détention dans le cadre d'une affaire de corruption.

Karoui a également estimé que "l'égalité de chances n'était pas appliqué étant donné qu'il a été libéré à 48 heures seulement avant le scrutin".

"J'étais privé de communiqué avec les électeurs tunisiens", a-t-il martelé.

Il a souligné que "son parti Au cœur de la Tunisie attend les résultats officiels qui seront présentés par l'Instance supérieure indépendante pour les élections (ISIE) et qu'il agira en conséquence".

 

 

 

 

 

Adel Essaibiti, Mourad Belhaj, Mona Saanouni

 

 

 


L'ACTUALITÉ LA PLUS LUE DE LA SEMAINE


Mots-clés: Tunisie, tunisie politique, Nabil Karoui, Kaïs Saïed, Présidentielles

Imprimer E-mail

REMARQUE ! Ce site utilise des cookies.

Si vous ne changez pas les paramètres de votre navigateur, vous êtes d'accord. En savoir plus

J'ai compris

Un cookie est un petit morceau de texte envoyé sur votre navigateur par un site Web que vous visitez. Il aide le site à se rappeler des informations sur votre visite, comme votre langue préférée et d'autres paramètres. Cela peut rendre votre prochaine visite plus facile et le site plus utile pour vous. Les cookies jouent un rôle important. Sans eux, utiliser le web serait une expérience beaucoup plus frustrante.

S'inscrire à la Newsletter de actualite-news.com

  • [javascript protected email address]