Bénin: Ces bas-reliefs qui parlent civilisation africaine

Située à environ 135 kilomètres de Cotonou, la ville pittoresque et touristique d'Abomey est l'écrin du site des palais royaux, s'étalant sur 47 hectares, et inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, en décembre 1985.

AA/ Cotonou/ Serge David Zoueme – Abomey, dans la partie centrale du Bénin, présente un art décoratif singulier. Les bas-reliefs qui ornent la ville sont considérés comme un livre d’histoire riche en anecdotes et péripéties relevant d’une époque lointaine.

Située à environ 135 kilomètres de Cotonou, la ville pittoresque et touristique d'Abomey est reconnue à l'international ce qui lui a, d'ailleurs, valu l’inscription du site des palais royaux, s'étalant sur 47  hectares, sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, en décembre 1985.

L'authenticité et l'originalité du décor d'Abomey lui a également valu l'intérêt des maîtres du cinéma mondial. Un fonctionnaire de l’Office du tourisme de la ville de la ville a confié à Anadolu sous couvert de l'anonymat, qu' "une délégation britannique de réalisateurs de films a récemment séjourné dans la ville historique pour des tournages sur les bas-reliefs, dans le cadre d’un projet de documentaire sur 'les grandes civilisations en Afrique' ".

Dans cette ville phare du Bénin, on découvre plusieurs attraits touristiques tels que les constructions historiques, les palais royaux, lieux de l’exercice du pouvoir des douze souverains qui se sont succédé à la tête de cet ancien royaume (1600 -1900) et les bas-reliefs. 

La technique des bas-reliefs s’appuie sur un savoir-faire traditionnel. Art décoratif singulier à Abomey, les bas-reliefs se découvrent un peu partout dans la ville, ornant tout ou partie des clôtures des temples, des maisons anciennement ou nouvellement construites. Ils renseignent sur les croyances de jadis, les emblèmes, les proverbes et même les dieux et les légendes de cette ville historique.

D’après Damien Tokoudagba, la quarantaine, artiste décorateur, peintre et spécialiste des bas-reliefs, les bas-reliefs existaient depuis le temps des rois dans le royaume de Danxômè et leur servaient d’écriture.

«A la période pré-coloniale, les rois ne savaient ni lire, ni écrire. Ils se servaient des bas-reliefs pour passer des messages, exprimer leurs pensées ou philosophies et les inscrire dans la postérité. Ils sollicitaient donc à les ‘Didéto’, artistes-dessinateurs qui maîtrisaient cette technique artistique», a-t-il expliqué à Anadolu.

«Les ‘Didéto' vivaient dans le palais royal et étaient au service du roi. Il peut leur faire appel à n’importe quelle heure de la journée ou de la nuit lorsqu’il se sent inspiré», a précisé l’artiste décorateur.

Joseph Adandé, maître assistant d'histoire de l'art à l’université d’Abomey-Calavi (Bénin) note, quant à lui que «les bas-reliefs puisent leur inspiration dans les sources orales mémorisées du royaume et restituées au besoin, par un corps de spécialistes de l'histoire des rois que sont les «Kpanlingan». Ces derniers sont tenus de réciter, sans se tromper sur le moindre petit mot, toute la geste de chacun des rois de Danxomè.»

Cyprien Tokoudagba, ancien militaire dans les années 1970, avait renoncé à l’armée pour se consacrer entièrement à l’art décoratif, selon son fils Damien Tokoudagba : «Il était le tout premier et le seul, après la génération des ‘’Didéto’’, artiste de ce royaume». Grâce à sa maîtrise de la technique des bas-reliefs à laquelle il a joint la peinture, Tokoudagba père, a fait le tour du monde et a exposé à l’occasion de grands festivals, a confié à Anadolu son fils, précisant que lui même a hérité du savoir-faire de son père, décédé en 2012.

Revenant sur la technique utilisée, Joseph Adandé explique: «Les artistes creusent dans un mur de très grande épaisseur une alcôve ou une niche de forme carrée ou rectangulaire le plus souvent, au sein de laquelle ils modèlent par adjonction de terre le motif prévu».

Damien Tokoudagba ne perd pas de vue les mutations qu’a connues cet art au fil des années : « Au temps des rois, les bas-reliefs étaient réalisés à l’aide de la terre de barre, de l’huile rouge et de la pulpe de noix de palme. C’est avec cet ensemble de produits que les artistes vivants dans les palais royaux accomplissaient leurs œuvres».

Lui , il utilise «des cadres circulaires décorés selon le goût du client, du fer pour le béton, du sable marin, du ciment, des pointes et de la skalite (ciment blanc) pour permettre aux bas-reliefs de résister aux intempéries», a expliqué à Anadolu Damien Tokoudagba, indiquant, par ailleurs, que les clients renoncent, de plus en plus, à ce type de bas-reliefs autrefois très répandus.

« Aujourd’hui, les gens veulent des bas-reliefs qui répondent aux exigences de la modernité, qui respirent le luxe. Du coup, nous sommes obligés d'utiliser des matériaux contemporains. Ce qui, malheureusement, dénature les bas-reliefs et les prive de leur authenticité bien qu’ils soient des symboles identitaires et des œuvres patrimoniales», se désole Damien qui exerce le métier depuis 18 ans.

Un bas-relief d'un mètre et 80 centimètres à Abomey coûte de 280.000 Fcfa (467,05 USD) à 300.000 Fcfa (500,41 USD) », précise le jeune décorateur, disant avoir réalisé près de 7 millions de Fcfa (11 754 USD) de recettes en 18 ans de métier. 

 

Bénin

 


 

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