De l'horreur des geôles syriennes au choc des coutumes patriarcales

Une fois la liberté retrouvée des geôles d'al-Assad, une autre éprouve attend Sundus Fulfule, prétextant qu’elle aurait été violée lors de son incarcération, alors que ce n'est pas le cas, son mari la quitte.

 

Privée de sa liberté pendant 11 mois par le régime d’al-Assad, obligée d’accoucher en prison et abandonnée par son mari à sa sortie, Sundus Fulfule, poursuit ses études pour son indépendance.

Institutrice à Lattaquié, diplômée de deux universités, Sundus Fulfule, mère de 2 enfants et âgée de 40 ans poursuit actuellement des études en science politique.

Emprisonnée alors qu’elle est enceinte, forcée d’abandonner son enfant de 8 mois, Sundus Fulfule, revient sur ses conditions de détention dans une interview accordée au correspondant de l’Agence Anadolu (AA).

"J’étais institutrice au début de la révolution. Nous, les femmes, avons participé à des manifestations pacifiques à Lattaquié. Nous réclamions seulement des réformes et la baisse des arrestations. Notre objectif n’était d’une aucune manière de renverser le gouvernement. Depuis les massacres de Hama de 1980, de nombreuses personnes étaient toujours en prison. Nous réclamions des droits pour eux. Nous voulions une augmentation des salaires. Nous avons participé aux manifestations avec mes amies. D’un coup, les entrées et sorties de la place ont été bouclées. Les hommes ont intégré les manifestations et avec eux les services de renseignement et les forces de l’ordre. Lors de cette manifestation, moi et trois autres femmes qui se trouvaient à mes côtés, avons été arrêtées. Au total, 16 personnes ont été interpellées ce jour là", a-t-elle expliqué.

Arrêtée en mai 2011, Fulfule a passé 11 mois en détention.

"Lors de mon interpellation, j’étais enceinte et avait une petite fille de 8 mois. 4 mois après mon incarcération, ils sont allés voir ma famille pour leur dire que j’étais morte", a-t-elle précisé.

Elle explique avoir été transportée dans un hôpital militaire au moment de l’accouchement, et qu’une fois là-bas, elle a pu contacter ses parents avec le téléphone d’une infirmière.

"Ma famille est allé voir le procureur et lui a payé un pot de vin important. J’ai été ainsi libérée avec mon bébé. Nous sommes allés nous réfugiés dans les zones contrôlées par l’opposition", a-t-elle précisé.

Une fois la liberté retrouvée, une autre éprouve attend Fulfule, prétextant qu’elle aurait été violée alors que ce n'est pas le cas, son mari la quitte.

"Lorsque nous nous sommes rencontrés pour la première fois après ma sortie, il m’a dit que j’avais mérité ce qui m’était arrivée, que je n’avais rien à faire dans cette manifestation, puis il est parti. La première chose qu’on demande à une femme sortie de prison c’est de savoir si elle a été violée ou pas. Dieu merci, je n’ai pas vécu une telle chose. Mais je l’ai beaucoup entendu. Là où je suis actuellement, j’évite de dire que je suis une ancienne détenue. Je devais pouvoir travailler pour nourrir mes enfants", a-t-elle dit.

Elle a raconté les difficultés endurées lors de son incarcération.

"Nous étions dans des cellules individuelles. Lorsqu’ils voulaient torturer quelqu’un, ils l’a faisaient sortir dans le couloir. Nous entendions les coups. J’ai vu des femmes violées tomber enceinte. Nombreuses ont accouché en prison et son sortie avec leurs bébés. Personnellement, ma plus grande souffrance fut de voir ma fille, que j’avais laissé à 8 mois, ne pas me reconnaître 11 mois après", a-t-elle insisté.

Sundus Fulfule travaille aujourd’hui dans le domaine de l’humanitaire à Afrin.

"J’ai commencé à travailler pour les femmes. Je m’occupe de femmes agressées sexuellement, violées, battues, abandonnées. Je leur dispense des formations, j’essaye de les aider psychologiquement. Les femmes qui sortent de prison sont reçues avec des applaudissements puis laissées de côté. Elles ont besoin d’être aidées. La société pense que toutes les femmes sont systématiquement violées en prison. Il y en a beaucoup et elles ont besoin d’aide", a-t-elle indiqué.

Le plus grand rêve de Fulfule est de pouvoir assurer un meilleur avenir à ses enfants.

 

 

 

 

 Selen Temizer, Ömer Koparan, Meryem Göktaş, Ayvaz Çolakoğlu

 

 

 


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Mots-clés: Syrie, femme, droits femmes, femmes moyen-orient, femmes syrie, Tortures

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