PM malaisien : La Turquie, une alternative commerciale de la Malaisie

Dans une interview accordée à Anadolu, le Premier ministre malaisien, Mahathir bin Mohamad, s’est exprimé au sujet des relations bilatérales et a évoqué plusieurs questions internationales telles que la crise des Rohingyas, la situation des Ouïghours et la Cause palestinienne.

 

 

"La Turquie pourrait constituer une source d'importation alternative pour la Malaisie", a déclaré le Premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, vendredi à Ankara, dans une interview accordée exclusivement à l'Agence Anadolu en marge d’une visite officielle de 4 jours qu’il effectue en Turquie.

Mahatir Mohamad, un vétéran de la politique, connu pour ses opinions qui défendent le monde musulman, avait évoqué des questions bilatérales ainsi que la crise des Rohingyas, la Cause palestinienne et la situation des Musulmans Ouïgours du Turkestan oriental (province chinoise du Xinjiang).

Le volume total des échanges de la Malaisie en 2018 était d’environ 455 milliards de dollars, d’après des données diffusées par la Société malaisienne de développement du commerce extérieur (MATRADE). Les exportations dudit pays s’élevaient à environ 242 milliards de dollars contre environ 213 milliards de dollars d’importations, [selon les données de MATRADE-2018, NDLR].

Cependant, les derniers chiffres montrent que le commerce total entre les deux pays [Turquie et Malaisie, NDLR], s'établi à 2,38 milliards de dollars.

"Nous voyons en Turquie un grand potentiel d'importation de certaines choses que nous importons d'autres pays. La Turquie pourrait être une alternative commerciale", a indiqué le chef du gouvernement malaisien.

 

AA : Quels étaient les points forts des réunions bilatérales que vous avez eues lors de votre visite officielle en Turquie? A l’issue de cette visite, quels types de développement attendez-vous des relations commerciales, politiques et culturelles entre la Turquie et la Malaisie?

 

Mahathir Mohamad (MM) : Nous avons convenu d'améliorer les relations entre la Malaisie et la Turquie et de coopérer dans tous les domaines, notamment dans le domaine économique en termes d'acquisitions de défense, ainsi que d'échanges de technologies dans divers domaines.

 

AA : Dans des déclarations précédentes, vous avez évoqué des problèmes économiques internationaux et laissé entendre que le commerce actuel des changes est manipulateur. Vous avez proposé d'utiliser de l'or pour effectuer des importations et des exportations entre les pays de l'Asie de l'Est. Est-ce que vous promouvez encore cette approche ? La Malaisie et la Turquie pourraient-elles utiliser de l'or pour leurs échanges?

 

MM : Oui, beaucoup. La Malaisie est une nation commerçante, elle dépend de ses exportations et de ses échanges commerciaux avec près de 200 pays différents. Il nous est important que ces pays restent ouverts [à l’échange, NDLR] en cas d'application de sanctions ou de survenue d’entrave qui pourrait affecter notre commerce et, par conséquent, notre développement économique. Nous voyons en la Turquie, un grand potentiel d'importation de certaines choses que nous importons d'autres pays. La Turquie peut être une source alternative, mais au-delà de cela, nous n'avons pas vraiment mis l'accent sur le commerce autant que nous l'aurions dû. Nous devons identifier tous les produits turcs pouvant être exportés en Malaisie et inversement. La Malaisie souhaite, également, exporter plus que de l'huile de palme vers la Turquie.

 

AA: Quel serait le moyen de commerce? La Turquie et la Malaisie pourraient-elles commencer à échanger en fonction de l’or ou s’agirait-il de dollars américains?

 

MM : Nous utilisons actuellement le dollar américain. Mais il est peut-être possible pour nous de faire du troc ou même de décider d'utiliser nos propres devises.

 

AA: Vos dénonciations d'Israël et vos discours de défense de la Cause palestinienne ont été acclamés à travers le monde musulman. Quel type de politique comptez-vous poursuivre face à celle, brutale, suivie par Israël contre la Palestine?

 

MM : Concernant la Cause palestinienne, ce qui se passe en vérité n'a pas été suffisamment diffusé ni dans les médias ni à la télévision. Cela semble être un accord inter-média pour ne pas mettre en exergue les problèmes de la Palestine. Certes, il n’est fait aucune mention de la manière dont les territoires palestiniens ont été saisis pour en constituer l’État d’Israël. Par la suite, Israël avait agi contre le droit international en occupant davantage de terres en Palestine. Ces réalités n'ont pas souvent été mentionnées. La principale chose sur laquelle nous devrions toujours insister, c’est les causes du terrorisme.

Aujourd'hui, il existe déjà un consensus sur le fait que le terrorisme doit être imputé aux Musulmans. Cependant, la saisie de la Palestine et le mépris du droit international par Israël, a conduit à de "prétendus" actes de terrorisme. Mais pour nous débarrasser du terrorisme, nous devons connaître la raison pour laquelle on pratique du terrorisme. En Malaisie, nous avions prévu de gagner le cœur et l'esprit des gens, notamment de tous les terroristes dans le pays, ainsi le terrorisme a pris fin. Cependant, si vous ne traitez pas les causes du terrorisme, vous ne serez pas en mesure de mettre fin au terrorisme.

 

AA : Dans ce contexte, que pensez-vous du "deal du siècle" promu par les États-Unis et certains pays du Golfe?

 

MM : Oui, c'est juste pour promouvoir leur propre côté du problème. Ils veulent justifier ce qu'ils font, malgré le fait que ce soit clairement une violation du droit international. C'est avant tout un mépris des processus démocratiques. La saisie de terres des Palestiniens n’était pas le résultat d’un référendum ni de sondage de l’opinion publique. La terre a juste été saisie et donnée à Israël sans aucune considération pour les opinions et les sentiments de la population vivant, à cette époque, en Palestine.

 

AA : Comment la Malaisie et la Turquie peuvent-elles coopérer pour résoudre ce problème palestinien?

 

MM : Il faudrait, tout d’abord, que le problème demeure au premier plan et ne tombe pas dans les oubliettes puisqu’il existe une tentative de liquider la Cause comme si rien ne s'était passé. Plusieurs injustices sont perpétrées contre les Palestiniens. Je pense que la Turquie et la Malaisie envisagent de raviver la question et de la maintenir au premier plan afin que le monde comprenne l’injustice infligée aux Palestiniens.

 

AA: Vous avez insisté sur le fait que nous devons examiner les causes du terrorisme. En ce qui est du conflit israélo-palestinien, pouvons-nous dire que la création illégale [de l’Etat] d'Israël est la cause principale du terrorisme?

 

MM : C'est la cause principale. Mais, bien évidemment, l’existence d’un État israélien est, de nos jours, un fait établi. L’État d’Israël devrait, au minimum, permettre à la population palestinienne précédente [Palestiniens de la Diaspora, NDLR]de revenir récupérer ses biens. Ou à tout le moins, […] avoir deux États différents et empêcher Israël de construire des colonies de peuplement sur les territoires palestiniens. Si nous identifions les causes du terrorisme, si nous les traitons et si nous prenons des mesures pour mettre fin à cette injustice perpétrée contre les Palestiniens, je pense qu'il y aura moins de terrorisme ou encore un monde sans terrorisme.

 

AA : Votre gouvernement s'intéresse, également, à la crise des Rohingyas. Des représentants de l'Etat malaisien ont appelé à une pression internationale sur l'Administration du Myanmar. Le ministre malaisien des Affaires étrangères, Saifuddin Abdullah, a fait des déclarations dans l'État de Rakhine [Arakan] appelant à engager des poursuites contre ceux qui y ont commis des crimes contre l'Humanité. Pourriez-vous expliquer brièvement la politique de la Malaisie concernant la Crise des Rohingyas?

 

MM : La Malaisie ne souhaite généralement pas s'immiscer dans les affaires intérieures d'autres pays. Mais dans ce cas, on parle de massacre ou de génocide. La Malaisie est contre le génocide et contre le traitement injuste des citoyens de Myanmar parce qu’ils soient d’ethnie différente. Nous devons ainsi régler ce problème en reconnaissant que les Rohingyas sont également des citoyens du Myanmar. Bien entendu, le Myanmar était autrefois composé de nombreux États. Mais les Britanniques ont décidé de gouverner le Myanmar en tant qu'État unique y compris les tribus incluses dans l'État de Birmanie. Maintenant, bien sûr, ils devraient soit être traités comme des nationaux, soit se voir attribuer leur territoire pour former leur propre État.

 

AA : Comment évaluez-vous les décisions de la Cour internationale de justice (CIJ) sur le problème des Rohingyas?

 

MM : La CIJ ne peut fonctionner que si les deux protagonistes au conflit conviennent d’accepter les conclusions de la Cour. Si la CIJ prend une décision unilatérale, elle ne sera pas respectée par les parties concernées. Il faut donc que le gouvernement du Myanmar témoigne d'une préoccupation afin que l’intervention de la CIJ soit efficace.

 

AA: Que peut-on faire pour remédier à la situation critique des Ouïgours du Turkestan oriental?

 

MM : Nous devrions exhorter la Chine à traiter ces gens en tant que citoyens. Le fait qu'ils aient une religion différente ne devrait pas influencer le traitement qui leur est réservé. La Malaisie, par exemple, est un pays multi-religieux, où toutes les religions sont traitées de la même manière. Nous préconisons donc toujours la résolution de conflits par la négociation, l’arbitrage ou le recourt aux tribunaux. Mais lorsque vous recourez à la violence, il est très difficile de trouver une bonne solution ou d’atteindre un objectif. Il n’y jamais eu de cas où la violence aurait résolu un problème.

 

AA : Comme vous le savez, la Turquie a lutté contre l'organisation terroriste de Fetullah Gülen (FETO) à l'intérieur comme à l'extérieur du pays. Dans ce contexte, notamment en fermant les écoles liées à FETO, la Malaisie a apporté un soutien important à la Turquie. En 2017, plusieurs membres de FETO ont été arrêtés et extradés vers la Turquie. Le soutien de la Malaisie à la lutte de la Turquie contre FETO se poursuivra-t-il pendant votre mandat?

 

MM : La Malaisie ne soutient l'insurrection dans aucun pays. Notre politique est de ne pas nous baser sur des mesures prises contre d'autres pays. C’est pour cette raison que lorsque nous avons constaté quelques tentatives ayant pour objectif de faire de la Malaisie une base de dissidence contre le gouvernement turc, nous avons pris des mesures pour fermer lesdites écoles.

 

AA: Quelles sont les réalisations de votre deuxième mandat après la formation de votre gouvernement en mai dernier?

 

MM : Nous nous sommes retrouvés face à plusieurs problèmes dont un problème financier, car le gouvernement précédent avait emprunté d'énormes sommes d'argent. Nous devons rembourser les emprunts contractés par ledit gouvernement. Cependant, nous ignorons où l'argent est conservé [par le gouvernement précédent]. […] Ce sont des investissements dans des entreprises que l’on peut obtenir par l’argent, mais l’argent a disparu. D’autre part, le gouvernement actuel subit une pression financière très forte ce qui pourrait entraver notre retour à une bonne gestion économique. En outre, il y a des tentatives politiques -même si elles ne réussissent pas très bien- à saper le gouvernement actuel. Celles-ci vont évidemment retarder le cours des mesures prises pour le recouvrement [de l’argent, NDLR].

 

 

 

 

Mehmet Öztürk, Sorwar Alam, Zuhal Demirci

Traduit du turc vers le français par Ayvaz Çolakoğlu

Photographie : Le Premier ministre malaisien, Mahathir Mohamad, à Ankara, le vendredi 26 juillet 2019

Metin Aktas, Agence Anadolu

 

 


L'ACTUALITÉ LA PLUS LUE DE LA SEMAINE


Mots-clés: Palestine, rohingya, Malaisie, ouighour, Malaisie, ouïghours, Mahathir Mohammad, Mahathir Mohamad, Turquie Malaisie - Malaisie Turquie, Mahathir bin Mohamad

Imprimer E-mail

REMARQUE ! Ce site utilise des cookies.

Si vous ne changez pas les paramètres de votre navigateur, vous êtes d'accord. En savoir plus

J'ai compris

Un cookie est un petit morceau de texte envoyé sur votre navigateur par un site Web que vous visitez. Il aide le site à se rappeler des informations sur votre visite, comme votre langue préférée et d'autres paramètres. Cela peut rendre votre prochaine visite plus facile et le site plus utile pour vous. Les cookies jouent un rôle important. Sans eux, utiliser le web serait une expérience beaucoup plus frustrante.

S'inscrire à la Newsletter de actualite-news.com

  • [javascript protected email address]