Erdogan : la Turquie continuera à déployer des efforts pour élucider le meurtre de Khashoggi

Le Président turc a critiqué le manque de transparence dans le processus judiciaire.

 

Le Président de la République de Turquie, Recep Tayyip Erdogan a déclaré que son pays "continuera à déployer des efforts pour élucider le meurtre du journaliste saoudien, Jamal Khashoggi".

Le chef de l'État turc a rédigé un article pour le quotidien The Washington Post, publié lundi.

"Le fait que nos connaissances sur le meurtre demeurent encore limitées, après un an, est un fait vexant sur lequel la communauté internationale doit réfléchir, a écrit Erdogan. […] Mon Administration a adopté la politique de transparence totale depuis le début. Pendant un an, nos services de renseignement, notre Police, nos diplomates et nos procureurs ont coopéré avec leurs homologues, et ont fait le nécessaire pour informer le public national et international."

Erdogan a précisé que la Turquie a partagé avec l'Arabie saoudite, les États-Unis, la Russie, l'Allemagne, la France, le Royaume-Uni et d'autres pays, les preuves dont elle disposait.

"Nous avons aussi contribué à l'enquête menée par la Rapporteuse spéciale des Nations unies (ONU), Agnes Callamard, a-t-il ajouté. Nous avons entrepris les démarches pour l'extradition des meurtriers en Turquie."

Pour le Président turc, son pays s'est opposé, depuis le début, que le meurtre ne devienne un différend entre deux pays, et qu'il y a une différence claire et nette entre le groupe qui a massacré Khashoggi, et le roi Salman bin Abdul Aziz et le peuple saoudiens.

"Notre amitié profonde ne nous empêche pas d'exprimer la vérité, a-t-il poursuivi. Ceux qui ont massacré et démembré Jamal Khashoggi, ne servaient pas leur État et leur peuple, mais les intérêts d'un groupe qui s'était emboîté dans l'État saoudien. Si nous croyions le contraire, nous aurions pris cet incident comme un différend bilatéral. Mais nous considérons ce meurtre non comme un sujet politique mais judiciaire, et estimons que la justice sera rendue seulement par les cours nationales et internationales. Outre sa dimension humaine, cet assassinat est préoccupant du fait de la violation du principe d'immunité diplomatique aussi. Le voyage des assassins avec des passeports diplomatiques, le fait qu'ils aient transformé un bâtiment diplomatique en une scène de crime, et que le diplomate supérieur saoudien à Istanbul ait tenté de dissimuler l'affaire, en a fait un exemple très dangereux. Le plus dangereux, peut-être, c'est que les assassins puissent continuer leur vie sans aucune sanction dans leur pays."

Le Président turc a aussi critiqué le processus judiciaire.

"Le manque de transparence dans le processus judiciaire, les audiences à huis clos et les allégations sur la libération des accusés, déçoivent les attentes de la communauté internationale et nuiront au prestige de l'Arabie saoudite, a-t-il affirmé. Nous observons qu'on essaie de légitimer ce manque sous prétexte de sécurité nationale."

Erdogan a promis que "la Turquie continuera à déployer des efforts pour élucider le meurtre de Khashoggi", et qu'il continuera à poser les mêmes questions que l'an dernier, pour savoir "où est le corps de Khashoggi, qui a commandité son assassinat, et qui a envoyé les quinze assassins en Turquie".

"Empêcher qu'un tel crime ne soit commis dans l'avenir, sera pour l'intérêt de la Turquie et de l'Humanité entière, a-t-il conclu. Le moyen le plus facile pour cela, c'est de lutter pour que les responsables ne demeurent impunis. C'est notre dette à la famille de Jamal."

Khashoggi avait été assassiné le 2 octobre 2018, au consulat saoudien à Istanbul, où il s'était rendu pour des démarches bureaucratiques avant mariage.

Dans un rapport de 101 pages publié en juin 2019, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme (HCDH) accusait l'Arabie saoudite de meurtre délibéré.

Le rapport signalait aussi des preuves fiables qui nécessiteraient une interrogation des hauts responsables saoudiens, dont le prince héritier, Mohammed Bin Salman.

Dans le même rapport, le Secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres appelait à lancer une enquête criminelle complémentaire sur le meurtre.

 

Ben Salman : J'assume l'entière responsabilité de l'assassinat de Khashoggi

Le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salman, a déclaré, lundi, lors d'une interview accordée à l'émission "60 Minutes" et diffusée par le réseau américain "CBS", qu'il assumait l'entière responsabilité de l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi, mais a nié avoir eu connaissance en amont de l'opération ayant mené au meurtre.

En réponse à la question de savoir s'il avait ordonné l'assassinat de Khashoggi, ben Salman a répondu: "Bien sûr que non, mais en tant que dirigeant saoudien j'en assume l'entière responsabilité, d'autant plus que ces faits ont été commis par des responsables saoudiens."

Et d'ajouter: "C’est une erreur qui s’est produite et nous devons prendre toutes les mesures pour éviter qu'une telle chose se reproduise à l’avenir".

Interrogé sur des informations selon lesquelles la CIA aurait obtenu des renseignements indiquant qu'il aurait personnellement ordonné la mort de Khashoggi, il a déclaré: "Que ces informations, si elles existent, soient rendues publiques".

Et de poursuivre "Les enquêtes sont aujourd'hui en cours et toute personne inculpée, quelle qu'elle soit et à quelque niveau que ce soit, sera jugée, sans aucune exception."

"Notre relation est beaucoup plus grande que cela", a déclaré ben Salman, concernant les répercussions de l'assassinat de Khashoggi et de la guerre au Yémen sur les relations entre l'Arabie saoudite et les États-Unis. "Notre rôle est d’œuvrer nuit et jour pour aller au-delà et nous assurer que notre avenir soit bien meilleur que tout ce qui a pu avoir lieu dans le passé."

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, avait déclaré avoir discuté du meurtre de Khashoggi avec le roi saoudien, Salman ben Abdul Aziz et d'avoir évoqué le même sujet, à deux reprises, avec le prince héritier Mohammed ben Salman.

En marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York, Erdogan avait déclaré, jeudi, à la télévision Fox News, que le prince héritier saoudien lui avait promis que "justice serait faite concernant le meurtre de Khashoggi", mais Ankara n'a vu aucune mesure prise dans ce sens.

Le Haut-Commissariat des Droits de l’Homme de l’ONU (OHCHR) a publié, en juin dernier un rapport de 101 pages, rédigé par Agnès Callamard, rapporteure spéciale sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires et dans lequel elle tient l’Arabie Saoudite pour "entièrement responsable du meurtre avec préméditation" de Khashoggi.

Le rapport contient également des "preuves sérieuses" nécessitant que des enquêtes soient ouvertes contre des hauts responsables saoudiens, dont le Prince-héritier Ben Salmane.

 

 

 

 

Özcan Yıldırım, Mourad Belhaj, Mustafa Kamel, Nur Asena Gülsoy

Photographie : Archive, Agence Anadolu

 

 


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