Les prisons du régime syrien, où «même l'acte de respirer devient une torture»

Publié par Nur Asena Gülsoy le . Publié dans Actualité Moyen-Orient

Le jeune Syrien Ahmet Helmi a raconté la torture qu'il a subie pendant trois ans, avec d'autres détenus, dans les prisons du régime de Bachar al-Assad

 

Ahmet Helmi, jeune syrien âgé de 29 ans, ne peut pas oublier la torture qu'il a subie dans les prisons du régime syrien de Bachar al-Assad pendant trois ans.

Étudiant en ingénierie civile à l'Université de Damas, Helmi a été mis en détention lors d'un contrôle d'usage à l'université, sous prétexte qu'il avait participé aux manifestations dans la ville de Daraya.

Helmi a été d'abord emmené dans une prison secrète à l'intérieur de l'université, où il a été battu par d'autres étudiants pro-régime. Il a ensuite été emmené dans une prison souterraine des Renseignements politiques.

Le jeune syrien qualifie d' "enfer" cette période. Torturé de toutes les sortes, Helmi a été ensuite transféré à la prison Adra à Damas.

Libéré de cette prison après le paiement de la caution, Helmi s'est réfugié en Turquie, et fait des efforts maintenant pour aider ceux qui ont survécu les prisons du régime et leurs familles.

Helmi a fait part de son histoire.

Il a noté que le régime d'al-Assad a posé des obstacles devant les jeunes qu'il prive de la liberté d'expression et du droit de participer à la politique. "Ceux qui s'opposent sont mis en détention", a expliqué Helmi, ajoutant que les forces du régime ont tiré sur les manifestants qui réclamaient la liberté d'expression, une administration juste, une société et des médias libres.

"Les soldats du régime m'interrogeaient d'un côté, et me torturaient de l'autre, a-t-il déclaré. Les soldats semblaient ne pas torturer un être humain, mais une créature laide et inanimée. La torture n'a pas cessé les quinze premiers jours. Bastonnade, électricité, musique à volume élevé, attendre debout sur un sol glacial..."

Pour Helmi, la torture psychologique a été plus dévastatrice que celle physique.

"Nous étions 630 personnes dans une petite salle, a-t-il indiqué. À cause du manque d'espace suffisant, nous nous tenions debout pendant 12 heures à tour de rôle, alors que d'autres s'asseyaient. Nous avons vécu dans le noir, sans lumière, pendant deux mois. Nous connaissions l'histoire les uns des autres, mais nous ne voyions pas de visage. Après des mois d'obscurité, nous avons subi une très forte lumière pendant des mois. Nous avons ainsi perdu la notion du temps. Nous avons vécu dans un endroit qui manque d'air, sans nous changer les vêtements, sans nous nettoyer, pendant des mois. Au bout d'un moment, nous avions des insectes suceurs de sang sur nos vêtements. Le nombre de morts a augmenté à cause du manque d'hygiène, de médicament et des maladies. Même l'acte de respirer était devenu une torture, car ça sentait la mort partout. Le dégât psychologique était plus grave que le mal physique. L'inquiétude concernant nos familles, dehors, rongeait notre cœur."

Après a libération, Helmi n'a pas su vivre comme avant, à cause des traces de ces tortures.

"Je n'ai pas pu surmonter la peur envers les policiers et les militaires pendant longtemps, a-t-il conclu. J'ai pu la surmonter avec le temps, après avoir vu le respect mutuel entre la Police turque et les civils."

 

 

 

 

Büşranur Begçecanlı, Nur Asena Gülsoy

Photographie : Archive, Agence Anadolu

 

 

 


L'ACTUALITÉ LA PLUS LUE DE LA SEMAINE


Mots-clés: Turquie, Syrie, torture

Imprimer